FATAL COSMOS #2
chapitre 2
Quand j’ai quitté l’autoroute le soleil se levait déjà. J’étais épuisée ; j’ai dormi sur le parking après le péage. Je me suis réveillée sous la chaleur, déjà, et le vent léger. Trois palmiers maigrichons indiquaient qu’on était plutôt au sud. Je voulais arriver à Alicante avant la nuit. J’ai repris ma route. J’ai rêvassé quelques heures en conduisant, puis une enseigne REPSOL m’a fait signe de loin : j’ai pris la voie d’accès à l’aire de repos, garé la voiture sur un parking abrité d’un toit de tôle et gagné le bar au premier étage du bâtiment massif baptisé « GRILL-HOTEL » en lettres de néon rouges sur fond blanc.
En attendant mon café au lait et mes churros, je parcours d’un oeil distrait la dernière page d’El Païs ; la lumière inonde la salle entièrement vitrée, l’odeur du plateau que la serveuse pose devant moi accompagne ma lecture du journal. En léchant le bout de mes doigts poudrés de sucre, je découvre en dernière page le sourire d’un enfant irakien : ses bras ont été arrachés, et les manches de sa chemisette à carreaux flottent sur un vide que vont bientôt remplacer des prothèses grâce à une équipe de l’ hôpital de Chicago, Illinois. J’ai soudain une petite angoisse : il me semble que j’ai laissé mes phares allumés ; je me dirige vers la sortie – petits écrans bleus à silhouettes blanches, deux personnages et une flèche dans la bonne direction ; je croise une famille de Hollandais nauséeux. De loin, je pouvais voir ma voiture, feux éteints. J’ai gagné la sortie du bar en empruntant l’escalator extra-large jusqu’au hall dallé de marbre. J’ai accéléré le pas en approchant de ma voiture ; sous l’essuie glace, côté conducteur, un carré de papier plutôt rigide, flyer quelconque ; j’y jette un oeil en le froissant. Je suis bien obligée d’admettre qu’il s’agit de moi. Ma photo… pas envie de me poser des questions dès le petit déjeuner. On verra plus tard. Je glisse l’image dans la poche de mon pantalon et je roule en vérifiant que personne ne me suit pendant une centaine de kilomètres, jusqu’au promontoire de Calpe. A ma gauche, le soleil s’élevait progressivement et la Méditerranée faisait naître un paysage technicolor : j’arrivais à la latitude du western spaghetti. La roche couverte d’un maquis odorant de myrtes, de figuiers de barbarie et d’aloes entourait d’ocre ma vision. La radio brisait ma tentative d’atteindre la plénitude de la contemplation en crachant sans relâche sa soupe d’infos et de tubes internationaux. Après quelques essais infructueux j’ai déniché la fréquence de la RNE… Enfants du divorce, problèmes d’éducation, malaise social standard, OFF, silence. Derrière Calpe c’est Benidorm, gentil cauchemar franquiste pour touristes démobilisés de la SS. Boutiques de souvenirs, restaurants, hôtels : est-ce ce souvenir horrifiant des années soixante noyées de honte, d’oubli et de béton ? Une vilaine sensation grimpe tout à coup de mes genoux à mon plexus ; ni peur ni nausée, quelque chose de plus diffus, comme l’inverse du bien-être : plus la route défilait, plus je sentais que quelque chose m’attendait là-bas, sur l’aire que je venais de quitter. Brusque dévoilement, apocalypse qui me pousse irrésistiblement à faire demi-tour. Un coup sec de frein à main, volte-face, bande d’arrêt d’urgence à rebours. Il faut tenir dix kilomètres. Esquive, parade, échappée, zig-zag, route enchantée de la remémoration. Mon rétroviseur me montre désormais les véhicules qui me précèdent, qui filent vers mon futur, en avant dans le temps non moins que dans l’espace. Inversion spatio-temporelle que permettaient l’heure matinale et la faible circulation. Saumon acharné à remonter le cours de la rivière natale, je traçais ma route le long de ce couloir de sauvegarde dans lequel j’espérais que personne n’avait eu la fatale idée de s’arrêter. Sortie 65, El Tossat, issue de mon parcours inversé. Je vois dans les yeux horrifiés du conducteur qui la quittait et se trouvait donc face à moi, l’au-delà d’une injure, bouche ouverte à contre-sens dans la bretelle d’accès. Je lui rends un sourire, évite son véhicule, et me gare pour la deuxième fois sur le parking au toit de tôle. Personne en vue, juste une brise qui commençait à virer et apportait désormais non plus l’odeur décapante de la mer mais un mélange de gaz d’échappement et de barbecue. Faut vraiment être branque pour organiser un pique-nique sur une aire d’autoroute. Pourtant, plusieurs familles se régalaient sur une herbe en phase terminale ponctuée de crottes desséchées. Esthétiquement, comme position de base, j’aime bien la sècheresse. Elle stylise formes et volumes et réduit à l’essentiel. Ici, justement, l’essentiel est misérable. Accablée par ce déjeuner sur l’herbe au milieu des emballages de sandwiches et des enfants souillés de ketchup, je notai pourtant une scène émouvante: un homme de dos s’était mis à danser. Ses pieds se soulevaient alternativement, transférant le poids de son corps d’une jambe sur l’autre. Quelque chose d’une danse indienne, en plus rapide. Son imperméable, genre trench-coat fripé, tournait autour de lui, ses pans posés sur le vent assez fort désormais. Sa danse s’accompagnait d’un chant, une mélodie plaintive, presque inaudible, un peu geignarde. Les enfants face à lui ont cessé d’engloutir leur cônes glacés pendant que leurs mères se mettaient à hurler. Le danseur a achevé sa rotation, comme une pirouette au ralenti, bras écartés en seconde position. Il ne dansait pas, il brûlait. A petites flammes, et son chant modulait sa douleur. J’ai attrapé le plaid qui traîne sur la banquette arrière de ma voiture et j’ai couru vers l’homme-torche. J’ai jeté la couverture sur son corps flambant pour étouffer les flammmes. En me voyant, l’homme a fait un dernier geste de pantin enflammé, plaçant ses bras en couronne au-dessus de sa tête puis il s’est écroulé au sol en spirale dans un mouvement qui ne manquait pas d’élégance. Je l’ai enveloppé dans la couverture pour arrêter la combustion;au loin j’entendais déjà la sirène des pompiers ; j’ai pris le temps de fouiller la sacoche en tissu enduit, ornée du logo d’une entreprise pharmaceutique qui gisait à quelques pas et dont il avait dû se débarrasser au début de sa danse macabre. J’aurais pu être flattée : elle était pleine de photos de moi. Plus exactement, d’une photo de moi, toujours la même, prise d’assez près à la terrasse d’un café que je ne reconnaissais pas. Dupliquée à au moins 3000 exemplaires couleur. Au-dessous de mon visage ainsi multiplié se trouvait inscrit non un numéro de portable comme on aurait pu s’y attendre mais d’immatriculation, et le descriptif d’une voiture, la mienne, marque, modèle, couleur. J’ai poussé un cri de douleur quand ma main est entrée en contact avec la fermeture métallique de la sacoche chauffée à distance par les flammes. J’ai remballé les photos réparties en tas que maintenaient des élastiques de caoutchouc, et j’ai entrepris de répondre aux questions du pompier qui me félicitait de mon courage. J’avais sauvé la vie de cet homme. J’ai décliné mon état-civil, et expliqué comme je pouvais ma présence sur les lieux. Tout ceci serait vérifié me précisa le chef de section dépêché tout exprès - beau garçon au regard un peu borné. Aurais-je, mais oui bien sûr, comment en irait-il autrement ? - l’obligeance de le suivre jusqu’à l’hôpital d’Alicante où l’homme devait déjà tenir la vedette débarqué de l’hélicoptère venu le chercher pendant que j’admirais en lui répondant le capitaine nommé Clemente. Moi, les avions, j’ai pas confiance, les hélicos encore moins. Ils m’ont proposé de suivre avec ma voiture le camion des pompiers qui ouvrait la route avec sa sirène. Ça m’allait très bien. Sous le siège passager, la sacoche pesait son poids d’énigme. J’aimais bien, ça la rendait vivante comme un petit animal. J’ai eu une pensée pour mon hamster, mort électrocuté quand j’avais 7 ans. Ses poils carbonisés tout hérissés, ses yeux devenus phosphorescents, qui fixaient avidement le néant des rongeurs. C’est ma soeur qui me l’avait décrit, plus tard. Moi j’avais perdu connaissance en touchant le fil dénudé qu’il tenait entre ses dents. On le lui avait pourtant répété, qu’il ne fallait pas ronger tout ce qui traînait sur la moquette. Pas assez, apparemment.
video: http://vimeo.com/shape2/fatal-cosmos-2
bande son: http://stomoxine.bandcamp.com/track/fatal-cosmos-2
FATAL COSMOS #2
chapitre 2
Quand j’ai quitté l’autoroute le soleil se levait déjà. J’étais épuisée ; j’ai dormi sur le parking après le péage. Je me suis réveillée sous la chaleur, déjà, et le vent léger. Trois palmiers maigrichons indiquaient qu’on était plutôt au sud. Je voulais arriver à Alicante avant la nuit. J’ai repris ma route. J’ai rêvassé quelques heures en conduisant, puis une enseigne REPSOL m’a fait signe de loin : j’ai pris la voie d’accès à l’aire de repos, garé la voiture sur un parking abrité d’un toit de tôle et gagné le bar au premier étage du bâtiment massif baptisé « GRILL-HOTEL » en lettres de néon rouges sur fond blanc.
En attendant mon café au lait et mes churros, je parcours d’un oeil distrait la dernière page d’El Païs ; la lumière inonde la salle entièrement vitrée, l’odeur du plateau que la serveuse pose devant moi accompagne ma lecture du journal. En léchant le bout de mes doigts poudrés de sucre, je découvre en dernière page le sourire d’un enfant irakien : ses bras ont été arrachés, et les manches de sa chemisette à carreaux flottent sur un vide que vont bientôt remplacer des prothèses grâce à une équipe de l’ hôpital de Chicago, Illinois. J’ai soudain une petite angoisse : il me semble que j’ai laissé mes phares allumés ; je me dirige vers la sortie – petits écrans bleus à silhouettes blanches, deux personnages et une flèche dans la bonne direction ; je croise une famille de Hollandais nauséeux. De loin, je pouvais voir ma voiture, feux éteints. J’ai gagné la sortie du bar en empruntant l’escalator extra-large jusqu’au hall dallé de marbre. J’ai accéléré le pas en approchant de ma voiture ; sous l’essuie glace, côté conducteur, un carré de papier plutôt rigide, flyer quelconque ; j’y jette un oeil en le froissant. Je suis bien obligée d’admettre qu’il s’agit de moi. Ma photo… pas envie de me poser des questions dès le petit déjeuner. On verra plus tard. Je glisse l’image dans la poche de mon pantalon et je roule en vérifiant que personne ne me suit pendant une centaine de kilomètres, jusqu’au promontoire de Calpe. A ma gauche, le soleil s’élevait progressivement et la Méditerranée faisait naître un paysage technicolor : j’arrivais à la latitude du western spaghetti. La roche couverte d’un maquis odorant de myrtes, de figuiers de barbarie et d’aloes entourait d’ocre ma vision. La radio brisait ma tentative d’atteindre la plénitude de la contemplation en crachant sans relâche sa soupe d’infos et de tubes internationaux. Après quelques essais infructueux j’ai déniché la fréquence de la RNE… Enfants du divorce, problèmes d’éducation, malaise social standard, OFF, silence. Derrière Calpe c’est Benidorm, gentil cauchemar franquiste pour touristes démobilisés de la SS. Boutiques de souvenirs, restaurants, hôtels : est-ce ce souvenir horrifiant des années soixante noyées de honte, d’oubli et de béton ? Une vilaine sensation grimpe tout à coup de mes genoux à mon plexus ; ni peur ni nausée, quelque chose de plus diffus, comme l’inverse du bien-être : plus la route défilait, plus je sentais que quelque chose m’attendait là-bas, sur l’aire que je venais de quitter. Brusque dévoilement, apocalypse qui me pousse irrésistiblement à faire demi-tour. Un coup sec de frein à main, volte-face, bande d’arrêt d’urgence à rebours. Il faut tenir dix kilomètres. Esquive, parade, échappée, zig-zag, route enchantée de la remémoration. Mon rétroviseur me montre désormais les véhicules qui me précèdent, qui filent vers mon futur, en avant dans le temps non moins que dans l’espace. Inversion spatio-temporelle que permettaient l’heure matinale et la faible circulation. Saumon acharné à remonter le cours de la rivière natale, je traçais ma route le long de ce couloir de sauvegarde dans lequel j’espérais que personne n’avait eu la fatale idée de s’arrêter. Sortie 65, El Tossat, issue de mon parcours inversé. Je vois dans les yeux horrifiés du conducteur qui la quittait et se trouvait donc face à moi, l’au-delà d’une injure, bouche ouverte à contre-sens dans la bretelle d’accès. Je lui rends un sourire, évite son véhicule, et me gare pour la deuxième fois sur le parking au toit de tôle. Personne en vue, juste une brise qui commençait à virer et apportait désormais non plus l’odeur décapante de la mer mais un mélange de gaz d’échappement et de barbecue. Faut vraiment être branque pour organiser un pique-nique sur une aire d’autoroute. Pourtant, plusieurs familles se régalaient sur une herbe en phase terminale ponctuée de crottes desséchées. Esthétiquement, comme position de base, j’aime bien la sècheresse. Elle stylise formes et volumes et réduit à l’essentiel. Ici, justement, l’essentiel est misérable. Accablée par ce déjeuner sur l’herbe au milieu des emballages de sandwiches et des enfants souillés de ketchup, je notai pourtant une scène émouvante: un homme de dos s’était mis à danser. Ses pieds se soulevaient alternativement, transférant le poids de son corps d’une jambe sur l’autre. Quelque chose d’une danse indienne, en plus rapide. Son imperméable, genre trench-coat fripé, tournait autour de lui, ses pans posés sur le vent assez fort désormais. Sa danse s’accompagnait d’un chant, une mélodie plaintive, presque inaudible, un peu geignarde. Les enfants face à lui ont cessé d’engloutir leur cônes glacés pendant que leurs mères se mettaient à hurler. Le danseur a achevé sa rotation, comme une pirouette au ralenti, bras écartés en seconde position. Il ne dansait pas, il brûlait. A petites flammes, et son chant modulait sa douleur. J’ai attrapé le plaid qui traîne sur la banquette arrière de ma voiture et j’ai couru vers l’homme-torche. J’ai jeté la couverture sur son corps flambant pour étouffer les flammmes. En me voyant, l’homme a fait un dernier geste de pantin enflammé, plaçant ses bras en couronne au-dessus de sa tête puis il s’est écroulé au sol en spirale dans un mouvement qui ne manquait pas d’élégance. Je l’ai enveloppé dans la couverture pour arrêter la combustion;au loin j’entendais déjà la sirène des pompiers ; j’ai pris le temps de fouiller la sacoche en tissu enduit, ornée du logo d’une entreprise pharmaceutique qui gisait à quelques pas et dont il avait dû se débarrasser au début de sa danse macabre. J’aurais pu être flattée : elle était pleine de photos de moi. Plus exactement, d’une photo de moi, toujours la même, prise d’assez près à la terrasse d’un café que je ne reconnaissais pas. Dupliquée à au moins 3000 exemplaires couleur. Au-dessous de mon visage ainsi multiplié se trouvait inscrit non un numéro de portable comme on aurait pu s’y attendre mais d’immatriculation, et le descriptif d’une voiture, la mienne, marque, modèle, couleur. J’ai poussé un cri de douleur quand ma main est entrée en contact avec la fermeture métallique de la sacoche chauffée à distance par les flammes. J’ai remballé les photos réparties en tas que maintenaient des élastiques de caoutchouc, et j’ai entrepris de répondre aux questions du pompier qui me félicitait de mon courage. J’avais sauvé la vie de cet homme. J’ai décliné mon état-civil, et expliqué comme je pouvais ma présence sur les lieux. Tout ceci serait vérifié me précisa le chef de section dépêché tout exprès - beau garçon au regard un peu borné. Aurais-je, mais oui bien sûr, comment en irait-il autrement ? - l’obligeance de le suivre jusqu’à l’hôpital d’Alicante où l’homme devait déjà tenir la vedette débarqué de l’hélicoptère venu le chercher pendant que j’admirais en lui répondant le capitaine nommé Clemente. Moi, les avions, j’ai pas confiance, les hélicos encore moins. Ils m’ont proposé de suivre avec ma voiture le camion des pompiers qui ouvrait la route avec sa sirène. Ça m’allait très bien. Sous le siège passager, la sacoche pesait son poids d’énigme. J’aimais bien, ça la rendait vivante comme un petit animal. J’ai eu une pensée pour mon hamster, mort électrocuté quand j’avais 7 ans. Ses poils carbonisés tout hérissés, ses yeux devenus phosphorescents, qui fixaient avidement le néant des rongeurs. C’est ma soeur qui me l’avait décrit, plus tard. Moi j’avais perdu connaissance en touchant le fil dénudé qu’il tenait entre ses dents. On le lui avait pourtant répété, qu’il ne fallait pas ronger tout ce qui traînait sur la moquette. Pas assez, apparemment.
video: http://vimeo.com/shape2/fatal-cosmos-2
bande son: http://stomoxine.bandcamp.com/track/fatal-cosmos-2
Listen to Fatal Cosmos #1 by Stomoxine records.
FATAL COSMOS #1
chapitre 1
J’ai roulé assez longuement sur l’autoroute, longeant le fleuve dans la nuit. La paix et le sommeil m’envahissent ; ma voiture, le ciel, lumière noire de vitrail. Je fatigue, mes yeux piquent. Je décide de m’arrêter à la prochaine aire de repos. Je prends de l’essence, j’achète des chewing-gums, en savourant le plaisir de ne plus acheter de cigarettes. Une station devant la machine à café : EXPRESSO COURT NON SUCRE – il faut d’abord choisir NON SUCRE ; on peut aussi préférer AVEC LAIT ou SANS LAIT, ou encore prendre une BOISSON AROME CACAO, ou un MOKACCINO, ou un MACCHIATO, mais je n’ai jamais bien compris de quoi il s’agit. Dans la partie inférieure de la machine, je vois le reflet de l’employée à la blouse blanche finement rayée de rouge, au fond de la boutique en train d’aligner des sandwiches triangulaires sous emballage plastique ; son seau et son balai barrent l’entrée des toilettes. Je vais néanmoins me rafraîchir ; lorsque je quitte la place, mes mains ont la même odeur de fraise synthétique que le désinfectant qui a servi à nettoyer le sol.
Je rejoins ma voiture sur le parking ; les néons des enseignes disparaissent de mon rétroviseur, le noir m’envahit à nouveau et je recommence ma lutte contre le sommeil.
WESTERN SADDLE 7 (2008)
avec: Sebadoh, Leadbelly, Captain Beefheart, Half Asleep, Atlas Sound, Lispector, Lauter, Marla Hansen, Olivier Libaux, Castanet, Jefferson Airplane, Bonnie ‘Prince’ Billy, Scout Niblett, Do Make Say Think, Beck, Molasses, Shannon Wright, French Cowboy, Graeme Allwright, David Bowie, Meat Puppets, Melvins, Hayseed Dixie, Bjørn Berge.
FATAL COSMOS #0
chapitre 0
« J’ai approché la flamme de mon briquet de l’essence qui coulait lentement sur le sol bitumé. Le bruit d’un soupir a empli mes oreilles. J’ai couru vers ma voiture. En partant j’ai regardé dans le rétroviseur les langues de feu lécher les murs vitrés de la station service. J’ai repensé à la Pentecôte, à l’Esprit Saint. Cinquante jours après la mort du Christ. Cinquante jours pour inverser le sens d’une course, pour dresser des flammes vers le ciel et renvoyer à Dieu Tout Puissant les langues ardentes de l’Esprit Saint. »
video: http://vimeo.com/shape2/fatal-cosmos-0
bande son: http://stomoxine.bandcamp.com/track/fatal-cosmos-0
Equidistance est une composition de Louïe Bianca crée à partir de sons issus de l’album Corps sonores de Nicolas Godin / Shape2 paru sur Stomoxine records (stomoxinerecords.free.fr).
I just uploaded “Western Saddle vol.6” to www.mixcloud.com - listen now!
I just uploaded “Aloha !!! vol.3” to www.mixcloud.com - listen now!
From AX Parking
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- Retour chez les Anglais il y a 3 semaines.
(voir Les disques des brocantes, Acte XXVII).
Ils sont presque toujours là - samedi matin et dimanche matin autour de la basilique St-Sernin à Toulouse - avec leurs boîtes de 33t.
Certains de leurs disques ne sont pas donnés mais on arrive à trouver des trucs pas trop cher et en super état.
J’ai envie de prendre une trentaine de disques !
Mais mon choix s’arrête sur Black Celebration (1986 - Mute) de Depeche Mode à 8€.
J’aime beaucoup la chanson A Question Of Time.
La pochette a des motifs gaufrés.
Deuxième choix: un repressage de 1974 sur Virgin de Camembert Electrique (1971 - Byg) de Gong à 10€.
Cet album est enregistré au fameux Château d’Hérouville, produit par Pierre Lattes et enregistré par Gilles Salle.
Sur le dos de la pochette, une photo du groupe devant les clapiers à lapin de leur maison de Sens, devant Pip Pyle (le batteur) se trouve un gamin, Sam, le fils de Robert Wyatt !
Ce disque a une particularité (en plus d’être fabuleux): les fins de chaque face se terminent par des boucles qui son gravées sur les locked-groove.
- Retour chez les Anglais il y a 2 semaines.
Juste avant je m’arrête devant le stand d’un gars qui est là chaque semaine. Il a un bac de 45t, des trucs pas mal, en bon état. Pour faire dans la continuité de l’Acte XXXI (par Alex Dewey) des disques des brocante, j’y trouve Avalon (1982 - Polydor) de Roxy Music à 1€.
C’est le genre de chanson que j’avais complètement oublié.
Je ne savais même pas que c’était Roxy Music !
Je devais entendre ça gamin à la radio.
Arrivée, donc, au stand des Anglais.
J’aime bien les Mamas & The Papas… et là je tombe sur Hits Of Gold (1968 - Stateside) à 2€, une compilation avec tous leurs tubes: California Dreamin’, Dedicated To The One I Love (reprise de The “5” Royales), Dream A Little Dream Of Me (reprise de Ozzie Nelson), My Girl (reprise des Temptations), Monday Monday, Dancing In The Street (reprise de Martha and the Vandellas / repris aussi, entre autres, par les Kinks voir Les disques des brocantes, Acte XXVII)…
Ensuite je trouve un album d’Ultravox: Quartet (1982 - Chrysalis) à 2€.
Je le prends mais en fait il est pas terrible.
Je connais mal ce groupe et je me suis laissé berner par les noms sur les pochettes: Georges Martin à la production et Goeff Emerick au son, les cinquième et sixième Beatles !
Mais on est loin des premiers albums d’Ultravox en 1977, très punk electro (Ultravox! et Ha!-Ha!-Ha!).
Ici c’est tout propre, tout bien installé, bien rangé… Goeff Emerick avait eu un award de l’album le mieux enregistré en 1967 pour Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band…Heureusement j’ai trouvé un bel objet: Motown Chartbusters vol.3 (1970 - Tamla Motown) à 6€, pochette en carton argenté !
La compilation commence avec ce joyaux soul: I Heard It Through The Grapevine de Marvin Gaye, puis I’m Gonna Make You Love Me de Diana Ross & The Supremes & The Temptations puis My Cherie Amour de Stevie Wonder…
On retrouve aussi Isley Bros, Marv Johnson, Four Tops, Edwin Starr, Jr. Walker & The All Stars, Marvin Gaye & Tammi Terrell, Smokey Robinson & The Miracles (aussi producteur de nombreux disques Motown dont Get Ready des Temptations), et aussi Martha & The Vandellas avec la version originale de Dancing In The Street (voir plus haut), et The Temptations qui interprètent la version originale de Get Ready, aussi connue par Rare Earth.
Rare Earth dont j’avais re-écouté la veille l’album Ma (1973 - Rare Earth / Pathé Marconi EMI) qui appartenait à mon père. Rare Earth est un des rares groupes de blanc-becs à sortir des disques sur Tamla Motown.
Une grande partie des chansons de l’album Ma sont écrites et produites par Norman Whitfield, un des inventeurs du “son Motown”, et qui formait un duo de songwriter très prolifique avec Barrett Strong (ils on écrit entre autres I Heard It Through The Grapevine…).
J’ai assez de disques pour aujourd’hui. J’y retourne la semaine prochaine !
Nicolas Godin
I just uploaded “Western Saddle vol.4” to www.mixcloud.com - listen now!
Ça ressemble à une reprise de championnat. Cette après-midi, c’est la première fois depuis le début de l’année, dans une salle non chauffée à Montreuil (métro : Robespierre). Mais l’impatience triomphe de la pluie et du froid. Quatre-cent participants, promet l’annonce. Entrée libre. Sitôt franchi le périmètre, je sens les premiers frissons courir le long de mon échine. C’est reparti. Je me lance la tête baissée. Pourtant je suis sûr que ça ne va pas être terrible. Pendant la trêve, j’ai dû perdre certains automatismes. Et un peu de souplesse. A mi-parcours, le score est toujours nul. Quand soudain l’occasion se présente. Et quelques instants plus tard, il est là, au fond du sac : mon premier disque chiné de l’année. C’est un Steely Dan, Aja, pressage américain d’origine.
Steely Dan. Je pensais pourtant ne jamais en arriver là. J’avais déjà fait deux tentatives infructueuses, et je considérais l’affaire classée. Jusqu’à ce qu’il y a 15 jours, une âme innocente me colle dans la tête « With a Gun » (sur Pretzel Logic). A peine trois minutes, d’impressionnantes figures de style, et surtout une mélodie entêtante : entendue une seule fois, j’étais encore capable de la fredonner une semaine plus tard. Steely Dan. Il me fallait donc à nouveau ouvrir le dossier, à commencer par The Royal Scam qui désespérait sur mes étagères. Il ne sera plus seul : Aja va lui tenir compagnie à partir de ce soir. Steely Dan. Si je continue dans cette lignée, j’aurai tout Chicago avant l’été.
Mais je suis loin de me douter que la pièce maîtresse de la journée m’attend un peu plus loin. Je mets à sac un carton à un euro niché sous un stand. Je sens une grande percée de tendresse à la vue de ce premier album des Smiths perdu là. Il n’a pas besoin de me faire de l’œil longtemps pour que je décide de l’emmener avec moi, même si je l’ai déjà, même si je le connais par cœur. Je ne sais pas trop ce qui risque de lui arriver si je le laisse là, serré entre un Cerrone et un Sardou. Pour qu’il ne s’ennuie pas en route, et comme il n’aime peut-être pas Donald Fagen et Walter Becker, je le coince entre un Human League (Open Your Heart / Non-Stop) et un Chameleons (In Shreds). Ah, un Smiths dans la musette, je ne serai pas venu pour rien. Même si je l’ai déjà en vinyle. Et aussi en CD. Voire en cassette.
J’étais presque heureux avant que ne tombe le coup de grâce: l’album blanc. Pas celui des Beatles, l’autre. La pochette est en mauvais état, le disque est sale, mais je ne l’ai jamais tenu entre les mains. Il fait partie du cercle fermé des disques que je ne croise jamais dans les vide-greniers. A tout hasard, je demande le prix. Le marchand me dit trois euros, mais comme il a souffert, il est prêt à me le laisser à deux. Deux euros pour l’album blanc, jamais réédité en CD, dont je n’ai qu’une pauvre copie en cassette? Et la monnaie sur dix euros aussi ? Il a même la monnaie sur dix euros. Ha-ha. Je jubile dans mon fort intérieur qui n’avait pas connu pareil secousse depuis le jour où j’avais trouvé pour la même somme, et en parfait état, le premier Manset. Oui, celui avec « Animal, on est mal », « La Femme fusée » et « On ne tue pas son prochain ».
Je me suis toujours refusé à débourser beaucoup d’argent pour un disque d’occasion. Les quelques pièces qui finissent par remonter à la surface justifient les week-ends passés à me noircir les doigts en vain pendant que j’achète le silence de ma famille à coups de jeux DS. Je serai propriétaire de l’album blanc depuis longtemps si j’avais accepté de mettre le prix, mais j’ai préféré prendre le temps. Par une douce ironie, le premier morceau s’intitule « Long Long Chemin » : « Rien n’égale / Un ciel sans une étoile / Où rien ne changera / Où tu t’endormiras ». Et je suis pratiquement ému aux larmes en l’écoutant.
L’album blanc, c’est le troisième Manset, celui d’après La Mort d’Orion. Il est moins psychédélique mais tout aussi somptueux : les arrangements de cordes sont amples, les textes poétiques. Il compte parmi ses huit morceaux la plus belle chanson d’amour que son auteur ait composé : « Donne-Moi ». Et puis il y a les 10 minutes de « Jeanne », fresque épique qui commence par une longue introduction au piano. Même si le vinyle craque un peu à cet endroit, l’instant n’en est pas moins poignant. Quand les violons s’envolent, l’auditeur perd vite pied : « On lui mit autour du cou / La dent du dernier cheval mort / Qu’on avait amené chez nous / Et dont on dit qu’il bouge encore ». Comme dans La Mort d’Orion, Manset oscille entre légende et anticipation, religion et mysticisme, majesté et grandiloquence. Son univers onirique rappelle celui d’autres contemporains comme le John Boorman de Zardoz (1973) ou les premiers Druillet.
Pour des raisons tenant à la qualité technique de l’enregistrement, Manset a renié son album blanc quand son intégrale a commencé à paraître en CD. Contrairement à La Mort d’Orion qui finit par ressortir en 1996 (remixé par l’auteur, qui a coupé dans le texte au passage), il s’oppose toujours à sa réédition alors que, paradoxalement, ses arrangements ont beaucoup moins vieilli que ceux d’une bonne partie de ses enregistrements postérieurs. Son coté intemporel rappelle le Sheller de Lux Aeterna Introit. Malheureusement, ni Dan The Automator ni Alainfinkelkrautrock ne se sont encore attelés à sa réhabilitation. Il reste à redécouvrir du côté de Montreuil, un dimanche après-midi où il pleut et où les classiques sont bradés deux euros. Avec la monnaie sur dix.
